L’Empereur ou la Double Vue de Barbara
La quête essentielle de l’artiste se situe dans la restitution simultanée de la couleur et de la transparence.
L’intimité du tableau ( cadre classique du nombre 4 symbole de la terre ) amène simultanément le regard dans une perception de la matière – en surface et en profondeur. Ce thème fondamental pour l’artiste revient inlassablement quel que soit le support, le média choisi – la toile et désormais les installations.
Barbara Gabathuler s’implique aujourd’hui avec bonheur dans l’espace urbain à la faveur du thème si familier pour elle, de la double vue, proposé dans le cadre de cette 3ème Biennale d’Art en Ville.
Cette synchronicité lui donne l’opportunité de désigner simultanément en grandeur nature, le réel -les apparences, la matière – la transparence, la présence – l’absence, la puissance – la fragilité, le dit – et le non dit.
La voici dans cet arcane, donnant à voir une réalité qui n’est pas uniquement celle dont elle semble parler, mais plutôt une absence qui en dirait plus long si nous saisissions notre inconscience de ne pas l’avoir vue. Ici, il est question de la supposée présence, en tout cas de l’absence de l’empereur. Celle du champ révélé de la domination
, de la toute puissance qui s’exerce dans le clos carré de notre humanité. L’arcane 4 n’apparaît pas directement, il envoie cinq de ses émissaires pour délivrer son message. Immobilité – mouvement. Chair et absence de chair. Chaque « carte » suspendue rayonne de sa superbe au dessus de nos têtes, portant la couleur de sa symbolique d’origine : rouge, bleu, jaune, vert
, rose (chair), infligeant sa vision manichéenne à nos interrogations intimes. Ces silhouettes masculines, solides et décidées mais virtuelles, révèlent leur spectre, diffusant une transparence qui est en réalité l’instrument d’une double vue, créant par là même un envoûtement du regard porté sur elles. Tel est pris qui croyait prendre.
Barbara Gabathuler a déjà traité de cette suggestion en un autre lieu ( Bâle avril 2008 ) avec son « still-leben », vie silencieuse produisant de fait, une syncope dans sa partition musicale. Ici, elle précipite à nouveau les passants que nous sommes dans un abîme qui portera sa révélation.
Marie-Paule Curtil
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Cette installation démontre que nous sommes en contradiction avec nous-mêmes.
Aujourd’hui nous sommes de plus en plus nombreux à souhaiter vivre dans un environnement silencieux. Ceci est partiellement dû aux diverses nuisances sonores et à l’amplification des bruits dans notre vie quotidienne
. Ajouté à cela, nous vivons dans une société de plus en plus agressive, harassante, et où règne la compétitivité. S’y ajoute encore l’accélération du rythme de vie et toutes ses obligations. D’un autre côté un environnement
totalement silencieux nous mènerait dans une impasse, et serait un environnement totalement mort.
Ce souhait d’un monde du silence est totalement utopique car une vie sans aucun bruit n’existe pas puisque même les battements de notre cœur ou le bruit de notre propre respiration génèrent un bruit.
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